Je tiens à remercier
le journaliste Eric Moine, qui m'a autorisé à faire figurer son article
publié le 18 janvier 2005, dans le journal "La Montagne".
JUSTICE : Le tribunal de Moulins
nomme un expert pour évaluer la responsabilité du fabricant d’aliments
L’éleveur canin accuse les croquettes
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Un éleveur
de labradors de Bourbon l’Archambault a obtenu la nomination
d’un expert pour déterminer l’éven-
tuelle responsabilité des croquettes dans la stérilité
de ses chiennes. |
| La
première fois,
Pierre Karmazyn a accepté que l’expertise soit diligentée
par son fabricant de croquettes.
Son élevage de labradors,
entre Bourbon l’Archambault
et Saint-Plaisir, était pourtant déjà au bord du
gouffre. Lui, qui élève des
chiens depuis vingt ans,
n’avait jamais vu ça.
«J’arrivais à plus de cent
chiots par an habituellement
avec ma quarantaine de reproducteurs.
Mais, fin 2001, mes
femelles labradors n’avaient
plus régulièrement leurs chaleurs.
Au lieu de |
deux fois par an, certaines en avaient
trois fois en six mois, d’autres pas du tout. Lesmâles ne s’y intéressaient
plus et les inséminations artificiel-
les ne marchaient
pas ». Résultat, deux fois moins de naissances
début 2002. Une perte de chiffre
d’affaires qu’il estime à la moitié
des 60.000 € d’une année
moyenne.
« J’ai d’abord douté
de mon apprenti »
Il a tout de suite soupçonné que la nourriture
était à l’origine |
L’Europe commence à s’inquiéter
La zéaralénone est un champignon qui se développe sur le maïs et
ses dérivés, dont les croquettes. Son influence est scientifiquement prouvée sur la stérilité
des rats et des truies. « Or, les cochons ont un métabolisme très proche des chiens. Des
études ont été faites sur des truies mais pas sur des chiens, remarque Pierre Karmazyn.
Car les chiens, on ne les mange pas ! ». Au syndicat des fabricants d’aliments pour
animaux de compagnie (FACCO), on assure : « Nos produits élaborés en France répondent à un
cahier des charges aussi strict que celui de l’alimentation humaine ».
Certes, mais un fabricant peut aussi distribuer des croquettes fabriquées à l’étranger...
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié, le 9 août, un avis
préconisant la surveillance de la zéaralénone dans les produits destinés à l’alimentation
animale pour « déterminer les niveaux d’exposition sans danger pour chaque espèce ».
Du moins celles consommables par l’homme qui, avancet- elle prudemment, « devrait n’être
que faiblement
exposé ».
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| PIERRE KARMAZYN.« Les mâles ne s’intéressaient plus aux
chiennes et les inséminations artificielles ne marchaient pas. » |
| de cette stérilité :
« Mais comme j’utilisais les deux mêmes gammes d’aliments depuis
six ans sans problème, j’ai d’abord douté de
mon apprenti. A tort ». Pierre Karmazyn flatte machinalement la
tête d’une labrador noire appuyée sur ses cuisses
dans son bureau encombré de coupes et de diplômes accrochés aux
murs : « A part l’eau, elles n’avaient qu’une chose en
commun, les croquettes, puisqu’elles ont un suivi vétérinaire
et n’absorbent de médicaments que lorsqu’elles
sont malades ». L’expert envoyé par le fabricant
à Bourbon admet dans
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son rapport de septembre
2002 : « l’état d’hygiène parfaite
des locaux », et que « les chiens semblent en bon état d’entretien,
ne présentant pas de maigreur ni de troubles dermatologiques ». Mais il
n’analyse pas les croquettes, seulement les chiens, relève le juge
des référés du tribunal de Moulins : « L’expert souligne
le caractère anormal de l’infertilité des chiennes tout en
n’émettant que des hypothèses sur son origine ». Très vagues
hypothèses alors que le vétérinaire personnel de l’éleveur
atteste, lui, de la présence dans les aliments d’une toxine,
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la zéaralénone.
Six tonnes par an
Le fabricant des croquettes, sans pour autant admettre la toxicité de son produit,
propose alors à l’éleveur de changer de gamme. Pierre Karmazyn s’est
ainsi résolu à passer, courant 2002, au tout haut de gamme. Seulement, le prix
n’est pas comparable,même en sacs de 20 kg : 11,50 € pour le bas de gamme,
le double pour la gamme moyenne, le triple pour le haut de gamme. La différence est
énorme pour un élevage qui en engloutit 6 tonnes par an : de 3.450 € à
9.700 €. Preuve supplémentaire pour lui que ses doutes étaient fondés,
lorsqu’il passe au haut de gamme, les problèmes de stérilité de ses
chiennes
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disparaissent. Et
réapparaissent dès qu’au début 2004, il retente la moyenne gamme pour des
raisons de coût. Cette fois, par l’intermédiaire de son avocat, le bâtonnier
Jean-Louis Deschamps, l’éleveur a demandé au tribunal, et donc obtenu, la
nomination d’un expert indépendant chargé d’analyser principalement les aliments.
| Croquettes haut de gamme trois fois plus chères
même en sacs de 20 kilos
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Pierre Karmazyn espère que ce rapport, qui doit être remis le 15 février,
lui permettra de réclamer au fabricant la compen-
sation de ses pertes de 2002, de 2004, voire plus.
Car il est en retraite depuis quelques jours : « Et l’effondrement
de mon chiffre d’affaires a écroulé vingt ans de tra-
vail en m’empêchant de trouver un repreneur
au prix que j’escomptais ».
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Info plus
Derrière les étiquettes.
Deux groupes se taillent la part du lion, plus de la
moitié des ventes, sur un marché de l’alimentation des animaux de compagnie
en France qui dépasse les 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Nestlé possède les marques Friskies, Fido, Gourmet, Félix, Vital Balance,
Dog-Chow, etc. Masterfoods vend sous les étiquettes Pedigree, Cesar, Frolic, Canigou,
Royal Canin, Loyal, Whiskas, Kitekat, Sheba, Ronron, etc.
Animaux familiers.
52 % des foyers français ont un animal familier, dont
44 % des chiens ou chats, 12 % des poissons, 6,2 % des rongeurs et 5,1 % des oiseaux.
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zearalenone dans l'alimentation animale industrielle au
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Cet article a été suivi
quelques jours aprés
par un reportage sur France 3 Auvergne. Malheureusement, France
3 s'en réserve l'exclusivité ; je n'ai donc pas était autorisé à le
mettre sur le site comme je l'avais souhaité. Dommage...
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